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 Le Gymnase Marcel Cerdan, nouvel enjeu des municipales 2026 à Noisy-le-Grand

Situé à proximité de la future ligne 15 du Grand Paris Express, le gymnase Marcel Cerdan est voué à disparaître d’ici 2027 tandis qu’un neuf sera construit, à proximité. Pris en main par la mairie de Noisy-le-Grand mais contesté par plusieurs partis d’opposition et usagers du gymnase, l’avenir du complexe sportif refait surface à six mois des élections municipales.

Par Alice Sacco 
Publié le 8 avril 2025
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Construit en 1969, le gymnase Marcel Cerdan se situe à cheval entre Noisy-le-Grand et Champs-sur-Marne, 06/09/2025, Crédits : Alice Sacco

Dans l’écho des rires et le bourdonnement des roues sur le parquet, Isabelle Gali, entraîneure de roller, tente de dissimuler son désarroi. “Personne n’a pris la peine de me consulter, murmure-t-elle, les sourcils froncés. La sentence est tombée, et il n’y a rien que je puisse faire.” Enseignant entre ces murs depuis plus de trente ans avec le CSNRS (Club Sportif de Noisy-le-Grand Roller Skating), la coach déplore la destruction prochaine de Marcel Cerdan, prévue pour 2027. 

Si la mairie promet l’arrivée d’un nouveau complexe sportif avant même la démolition de l’actuel gymnase et à seulement huit minutes à pied de ce dernier, ce remplacement n’est pas aussi simple pour la quinquagénaire. Elle craint notamment que les familles adhérentes, qu’elle suit depuis plusieurs générations, subissent une hausse des prix des licences dans le nouveau complexe flambant neuf.

Pire : le club de roller pourrait ne pas être renouvelé dans le nouveau gymnase pour favoriser des disciplines plus populaires comme la boxe ou le judo. “Bien que la mairie promet de ne pas nous évincer, je n’ai aucune visibilité sur l’avenir et très peu confiance confie-t-elle, le regard porté vers ses jeunes. L’entraineuse marque une pause, déconfite : “Tout ça pour couler encore plus de béton.”

Situé à la limite communale avec Champs-sur-Marne, l’emplacement du gymnase Marcel Cerdan était depuis longtemps convoité par les aménageurs. En effet, celui-ci se trouve sur le futur site de la ZAC des Hauts-de-Nesles, un quartier de 2 350 logements piloté par l’EpaMarne, l’aménageur de l’Est francilien. Délibéré en 2015, le quartier doit devenir un espace public fédérateur autour de Noisy-Champs, la future gare de la ligne 15 du Grand Paris Express. En prévision de ce chantier de grande envergure, la Ville de Noisy-le-Grand a décidé de vendre Marcel Cerdan à l’aménageur en juillet 2021, pour un montant de trois millions d’euros.

Campagne digitale

“Élu maire, je m'engage à revenir sur cette vente et à dégager des fonds pour réhabiliter le gymnase Marcel Cedran.” Les mains tendues vers la caméra et le regard assuré, Vincent Monnier - dont la langue fourche à deux reprises sur le nom du site - promet de redonner une seconde vie au gymnase qui souffle ses 57 bougies cette année. 

Dans une vidéo postée le 18 septembre 2025 sur la page Facebook du groupe “Projet Citoyen” (dont il est le président), le candidat divers Centre dénonce la “politique de bétonisation” menée par la maire LR de Noisy-le-Grand, Brigitte Marsigny. Une critique qu’il lui avait déjà adressée en 2019, en quittant la majorité pour se présenter aux élections municipales prévues l’année suivante, avec pour mot d’ordre : “la défense du cadre de vie des Noiséens”.

“Mensonge”, “scandale”, “manipulation” : en une minute cinquante-six, Vincent Monnier appelle les Noiséens à signer sa pétition contre la démolition du gymnase. À ce jour, elle compte 570 signataires. « Marcel Cerdan est devenu le symbole du renoncement politique, insiste-t-il, du manque d’équipements publics dans la ville et de la campagne que je mène.”

Face à lui, Pierre Bornand, élu aux Sports et défenseur de la vente de Marcel Cerdan, réaffirme la décision de la Ville. “Le gymnase est vétuste et nous ne sommes pas en mesure d’accueillir des compétitions de niveau national” déplore-t-il, en mentionnant l’équipe féminine de handball en division 2, qui a dû affronter ses adversaires dans le gymnase de Gagny la saison dernière, “faute de gymnase adéquat à Noisy”. Sous sa chemise rayée et son costume bleu acier, l’élu de la majorité reprend les codes de son opposant et publie à son tour une vidéo pour clore le débat : “Nous ne ferons jamais de Cerdan un cheval de course”. 

 

Deux menus au choix

Annoncé comme un “écrin sportif et événementiel”, le nouveau complexe promis par la Ville comprendra une salle omnisports pouvant accueillir jusqu’à 1 000 personnes, et sera doté d’un système à énergie positive. C’est-à-dire que le gymnase, à terme, consommera moins d’énergie qu’il n’en produit. “C'est ni plus ni moins qu'un mini palais des sports, interprète Pierre Bornand. De son côté, Vincent Monnier porte la rénovation d’un gymnase de classe énergie F, qui coûtera beaucoup d’argent.” 

 

Mais les deux projets sont difficilement comparables. Si Vincent Monnier estime la transformation de Marcel Cerdan entre trois à cinq millions d’euros, le nouveau gymnase, d’après un rapport d’expertise mené par la mairie, nécessitera vingt millions d’euros. Une somme que le candidat divers centre voudrait voir être utilisée pour construire de nouveaux équipements, plutôt que pour en démolir. 

“La moitié des associations sportives de la ville refusent des inscriptions et de nombreuses écoles peinent à assurer les deux heures de sport hebdomadaires prévues par l’Education Nationale”, alerte le candidat de Projet Citoyen. Dans son programme municipal, il soumet la construction d’un nouveau gymnase sur la friche Maille Horizon Sud, situé au Nord-Est de la ville. 

Ce déficit “préoccupant” de gymnases, Benjamin Tort, professeur d’EPS au collège Jacques Prévert, le confirme. Usager du gymnase Marcel Cerdan depuis 2004, c’est dans la grande salle qu’il retrouve sa classe de cinquième tous les mercredis, pour deux heures d’activités physiques. “Dans d’autres écoles de la ville, les profs sont contraints de donner cours dehors, même en hiver. Ici au moins, on est à l'abri”. 

Sous le toit de Marcel Cerdan ou un autre, l’homme en survêtement gris ne joue pas les sentimentaux. “Il faut reconnaître que le bâtiment est vieux et que la sonorisation est très mauvaise”, confie-t-il en renvoyant une balle de handball égarée. Sous l’écho répétitif des semelles qui couinent, le coach hausse la voix : “Ça devient fatiguant à la longue.”

Chacun sa version

Lorsque la promotion du nouveau gymnase ne suffit pas à convaincre les Noiséens de dire adieu à Marcel Cerdan, Pierre Bornand invoque un dernier argument : la responsabilité de Champs-sur-Marne. 

“La ville de Champs ne donnera jamais l’autorisation de rénover Marcel Cerdan”, assure l’élu aux sports, en expliquant que si le gymnase fait l’objet de travaux, il devra se conformer aux règles d’urbanisme de la commune voisine. Il y a quatre ans, il aurait déjà fait des propositions à Maud Tallet, la maire de Champs-sur-Marne, pour négocier la sauvegarde du gymnase. Cette dernière ayant “tout rejeté en bloc”, la vente à l’aménageur EpaMarne en 2021 “était inévitable”, affirme-t-il.

Mais Champs-sur-Marne conteste le discours de l’élu. Guillaume Clin, adjoint au développement urbain, l’assure : “Ce n’est absolument pas le reflet des propos tenus par Madame le Maire.” 

Il rappelle que le développement de la ZAC des Hauts-de-Nesles, principal argument pour détruire Marcel Cerdan “n’est pas dans les mains de Champs mais dans celles de l’EpaMarne”. Établissement public d’aménagement a qui fut vendu Marcel Cerdan en 2021 et dont la vice-présidente n’est autre que Brigitte Marsigny, maire de Noisy-le-Grand.

Encore temps d’agir 

“L’EpaMarne se doit de rester en bonne relation avec Noisy-le-Grand”, glisse Vincent Monnier, induisant qu’une négociation entre les deux acteurs peut toujours mener à une révision de la vente du gymnase. Si Pierre Bornand qualifie ce scénario “d’impossible”, le candidat centre droit à étudié le dossier dans son moindre détail. Sur la délibération de la vente passée en 2021, il lit : “une désaffectation devra être effectuée au plus tard dans les six années suivant la signature de l’acte de vente”. 

En définitive, Noisy a jusqu’à 2027 pour vider le gymnase, le déclasser et le désaffecter, faute de quoi la vente sera résolue et Marcel Cerdan, sauvé. 

Quant à la ZAC des Hauts-de-Nesles, commandée par l’aménageur du Val-de-Marne ? “Elle devra se séparer de deux immeubles, tout en plus, affirme Vincent Monnier, ce sera aux noiséens de choisir, en mars 2026.” 

Mercredi 1er octobre, seize heures passées. Une odeur de savon flotte dans le couloir presque vide du gymnase Marcel Cerdan. Serpillère en main, Monsieur Mohammed, gardien du complexe sportif depuis cinq ans, prévoit de voter blanc aux élections de mars 2026. “On est sur un no man’s land entre Champs et Noisy, explique-t-il, les yeux rivés sur son balai, ici c’est le Grand Paris qui aura le dernier mot, pas la mairie de Noisy”.

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