CONTRE LA ZFE : LES LUZIENS PASSENT LA SECONDE
Le 1er juin 2025, le Pays Basque accueillera sa première Zone à Faible Émission
(ZFE), de Tarnos à Hendaye. Déjà en place à Paris depuis 2015, elle interdira la
circulation des véhicules les plus polluants. Samedi dernier, à Saint-Jean-de-Luz, ils
étaient cinq à taper du poing sur la table.
Par Alice Sacco
Publié le 5 mars 2025

Saint-Jean-de-Luz (Nouvelle Aquitaine) samedi 1er mars 2025. Caroline Dorille, Manon, Monique, Genevièveet Antoine du collectif NON A LA ZFE, se sont réunis pour contester l’implantation d’une ZFE au Pays Basque.
Le rendez vous était pourtant clair. “Samedi, 10h, devant la Mairie de St Jean” relit en boucle Geneviève, sur le groupe Facebook NON A LA ZFE dont elle est membre depuis trois jours. Une communauté de 1 400 utilisateurs à l’objectif simple: “défendre la liberté de circuler”.
Mais ce matin, la Luzienne de 69 ans patiente seule sur la place Louis XIV, encerclée de terrasses encore vides, saison oblige. “C’est une loi liberticide”, estime cette propriétaire d’une Renault Twingo classée Crit’air 5, en dessous du seuil accepté par la ZFE. Derrière elle, Monique, doudoune rouge, pancarte dans les mains - “République NON Française” -, apparaît enfin. Geneviève reconnaît une alliée, et souffle.
40 000 français meurent des suites de la pollution atmosphérique chaque année
L’idée d’une ZFE au Pays basque remonte à mai 2021, lorsque la loi Climat et Résilience est adoptée au Sénat. Son but : réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre en France d’ici 2030. Pour se faire, des ZFE seront implantées dans toutes les villes de plus de 150 000 habitants. Dans le cas de la Communauté d’Agglomération du Pays-Basque (CAPB), les voitures à essence de plus de 28 ans et à diesel de plus de 24 ans seront interdites de route à compter du 1er juin 2025, de Tarnos à Hendaye.
Même régime pour les deux roues. C’est le déclic pour Monique. “L'écologie, c’est terminé pour moi”, confie cette membre de la Fédération Française des Motards en Colère. La septuagénaire avoue avoir milité pour le climat jusqu’à troquer sa Volkswagen contre une moto, il y a 15 ans, afin d’alléger son empreinte carbone. “Mais racheter une voiture, pour être écolo’ ? J’appelle ça de l’e(s)c(r)ologie”. Sous son béret, Antoine, soixante ans, abonde: “On n’est pas des ayatollahs de l’écologie mais il faut une juste mesure.”
Ce professeur des écoles conduit un véhicule en règle, mais reste solidaire des manifestants pour qui, en creux, le problème est aussi économique, et celui de pouvoir ou non changer de voiture. “La France a déjà fait beaucoup d'efforts pour le climat, défend-il. Il faut agir en Chine, ou en Inde! Mais ne me faites pas croire qu’on sauvera la planète à l’échelle de la côte basque”.
86 % des particuliers Français s’opposent aux ZFE
Un pas pressé frappe les pavés. Caroline Dorille, bordelaise à l’origine du collectif NON A LA ZFE, approche à l’aide de sa canne en bois. “Cinq minutes et je pars
rejoindre les autres à Biarritz et à Bayonne”, souffle-t-elle. Lorsqu’elle entend parler de la ZFE à la fin janvier 2025, il lui faut 24h pour enfiler sa casquette de gestionnaire, monter une pétition, un groupe Facebook et écrire une première lettre à la CAPB. “Le combat ne fait que commencer, martèle la militante, la prochaine étape c’est le référendum”.
La ZFE n’en serait pas à son premier coup de théâtre. Lorsque l’arrêté préfectoral est voté par la CAPB le 15 février, son entrée en vigueur est d’abord fixée au 1er avril. Quelques jours plus tard, la CAPB annonce, pourtant, un report de deux mois. Les militants spéculent: “J’ai entendu dire que la plateforme Crit’air était défaillante!” ; “Les caméras de surveillance ne sont pas prêtes!”. Et Caroline de partager ce qui, pour elle, à motivé ce report: “J’ai partagé la pétition contre la ZFE le jour du vote. En quelques jours, on a rassemblé 600 signatures digitales. Pas étonnant qu’ils aient flippé.”
Une perche saisie par le Rassemblement National puisque le 18 février dernier, la députée RN Sylvie Bonnet présentait une proposition de loi à l’Assemblée, visant à repousser de cinq ans l’entrée en application de ces zones. Dès la première ligne, le texte attaque : “Selon un sondage effectué en 2023, 86 % des particuliers Français s’opposent aux ZFE”.
Midi: sur la place Louis XIV, la foule de révolutionnaires se fait toujours attendre, alors les forces en présence se projettent sur l'après : “Samedi prochain, à Bayonne, alors, suggère Antoine, je peux en prendre trois à l’arrière de la voiture”. Geneviève, déjà partie en direction de son vélo, lance: “T’en fais pas pour moi, je prendrai le bus. C’est ingarable là-bas.”